Est-il légitime de séparer un couple de manchots mâles ?
Pedro et Bucky vivaient heureusement au zoo de Toronto jusqu’à ce que la direction de l’établissement décide de séparer le couple de manchots, pour le bien de l’espèce. Depuis, la polémique enfle. Débarqués du zoo de Pittsburgh en début d’année, tous deux ne se sont jamais quittés et n’ont cessé d’ignorer superbement leurs congénères femelles. Or, cette espèce de manchots du Cap, dont la population est passée de 225 000 à 60 000 individus en vingt ans, est en voie de disparition. Pour le zoo, il va donc falloir les séparer en espérant qu’au contact de l’autre sexe ils s’intéresseront enfin à la perpétuation de l’espèce. Cette décision a soulevé de vives protestations. En particulier sur
M Le Magazine du Monde, 19 novembre 2011
Et puis, les drapeaux, rouge, jaune, rouge.
Il y en a partout. Sur les toits de bâtiments publics et au bout des longues hampes plantées aux carrefours. Et, ce qui est plus surprenant, sur les balcons des maisons particulières, cachant parfois le beau travail de fer forgé ou les pots de fleurs, et aussi tout en haut de la tour d’une église, confondus avec la croix, ou flottant aux fenêtres rondes des couvents comme des tapis exposés au soleil.
Je regarde, hébété, cette floraison inattendue de rouge, jaune, rouge qui donne à la ville un air médiéval et évoque l’image d’un campement de nomades qu’on va démonter le lendemain matin pour le transporter ailleurs. (Vu dans un livre.) Ce n’est pas possible qu’il soit là pour toujours, ce revêtement absurde qui travestit la ville et humilie la pierre et la chaux. Si j’étais un oiseau, j’aurais déjà foutu le camp à la recherche d’un paysage naturel. Mais non. Ils sont là, les oiseaux. Et ils chient sur les hampes (symbole).
Nous arrivons sur la belle place aux arcades où se trouve l’hôtel de ville. On a l’impression d’être entré, soudain, dans un cloître. De hauts palmiers grimpent jusque par-dessus les toits de tuiles rougeâtres, les aiguilles et les coqs en fer qui surmontent les tours. On dirait qu’ils cherchent un ciel immaculé pour s’envoler, s’échapper. Ce ciel limpide, miroir de la mer, où personne n’a encore réussi à accrocher un drapeau rouge, jaune, rouge. Ils sont si délicatement verts, ces palmiers, qui respirent l’air le plus pur, que la rouille de leurs troncs semble être artificielle, du plastique pour apprivoiser les racines trop amoureuses du ciel bleu.
Agustin Gomez-Arcos, L’agneau carnivore, Stock, 1975

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